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                        Le 9 avril 1968, soit trente ans jour après les tragiques évènements du 9 avril 1938, des milliers de Tunisiens accueillent la dépouille mortelle de Kheïreddine Pacha et l’enterrent au cimetière du Jellaz. L’ex-Premier ministre repose désormais en cette terre où il est venu la première fois, à l’âge de 17 ans, acheté comme esclave par les agents du Bey de l’époque. Ahmed I Bey donne à ce circassien une éducation royale qui fera de lui, plus tard, l’administrateur le plus intègre qu’a eu la Régence de Tunisie et le politicien le plus avisé. Mais l’entêtement du nouveau bey régnant et les convoitises, à la fois, du sérail et des puissances européennes mettront plus d’une fois l’homme à l’épreuve. En vertu d’un dahir beylical, 400 hectares lui ont été concédés. Il en fera un domaine, celui d’Enfidha. En 1862, il démissionne des deux postes de président du conseil consultatif et de ministre de la Marine. Il se consacre à l’écriture. Dans Le plus sûr moyen pour connaître l'état des nations, il s’interroge sur l’état des lieux en Tunisie et dans le monde arabo-musulman.

                        Dix ans plus tard, il succède à Mustapha Khaznadar, le vizir qui s’enfuit en France après avoir détourné des fonds et enfoncé le pays dans le marasme. Fervent patriote et moderniste convaincu, Kheïreddine Pacha s’attaque aux archaïsmes, réforme les institutions dont l’université de la Zitouna, la justice, le service des douanes, les biens inaliénables (Habous). Il crée une bibliothèque, modernise l’Ecole des Officiers, l’Académie militaire et dote l’armée d’une légion étrangère. Le 13 janvier 1875 et à son initiative est créé le Collège Sadiki, le premier lycée secondaire moderne de Tunisie. En fait, il voulait en faire carrément une Polytechnique mais le temps ne lui a pas suffi. Dans sa lancée, il a bâti des palais et des demeures de qualité à Tunis et en banlieue nord.

                         1877 est une année cruciale pour lui. Le Sultan ottoman, en guerre contre la Russie, demande une aide militaire. Sadok Bey refuse. Kheïreddine fait tout pour que la "sublime Porte" bénéficie de cette aide estimée à plusieurs millions de francs. Le Premier ministre est obligé de diminuer les dépenses publiques et donc le train de vie de la famille royale. Colère du souverain qui oblige Kheïreddine Pacha à présenter sa démission le 21 juillet 1877. Il quitte son pays d’adoption pour son pays d’origine.

                         De 1878 à 1879, il sera «Sadrazam» c’est à dire premier ministre de l’empire ottoman. Le sultan Abdülhamid II a beaucoup profité du savoir du ministre qui essaie, pour la seconde fois de sa vie, de réformer le pays et d’enrayer l’inexorable chute de l’empire. Abdülhamid II appuie les politiques destinées à régler le contentieux avec l’étranger. Mais dès que le grand vizir touche à la politique interne, il l’oblige à démissionner. Une autre cause, moins connue, y est pour quelque chose dans cette démission de trop. Le propre frère de Kheïreddine a manigancé contre le sultan. Celui-ci ordonne la pendaison du frère indélicat.    

                         Kheïreddine Pacha se retire donc de la vie publique. Il retourne, une seule fois, à Tunis pour vendre son domaine à la Société des Fermes Françaises. Un geste qui peut surprendre. Au fait, l’ex-vizir a eu peur que son domaine ne tombe entre les mains d’une tribu qui en aurait fait des pâturages ne respectant pas les arbres – des oliviers. Le vizir rentre à Istanbul où il demeure jusqu’à sa mort en 1890. Son fils, qui s’installe à Sidi Bou Saïd, dans ce qui est actuellement Dar Zarrouk, ne laissera pas de descendance. Depuis 1968, le général Kheïreddine repose en terre tunisienne, non loin de la tombe d’un illustre roi, d’origine turque lui aussi, Moncef Bey. Deux hommes de qualité que le peuple tunisien continue d’aimer.
Par Saïd Ben Slimane
PERSONNALITÉS POLITIQUES TUNISIENNES
KHEIREDDINE PACHA
Kheïreddine, au nord de la capitale, détient un record imbattable : trois premiers ministres tunisiens et un grand vizir turc y ont vécu. Le premier a donné son nom à la charmante cité balnéaire au nord de la capitale. Le deuxième, M. Mohamed Saleh Mzali, a rassemblé les Mémoires du premier et permis leur publication. Le troisième, M. Tahar Ben Ammar, a signé un document dont ont rêvé les deux premiers : l’indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956. Le grand vizir est tout simplement le même Kheïreddine, l’homme des situations difficiles. L’homme des deux rives.
L’homme des situations difficiles
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